Un peu à l’image de Mulder qui avait toujours sa théorie sur les enquêtes farfelues qu’il était amené à faire, je suis de ceux qui croient qu’il faut en fait avoir sa propre théorie du récit, ce qu’on appelle de manière plus triviale, sa petite cuisine (mais elle peut être grande, américaine, ou avoir été montré en kit).
Il n’y a pas que Truby dans la vie. Ou McKee. Ou Lavandier (qui m’a toujours d’ailleurs fait penser à de la lessive). Si vous analysez un film fini, si vous refaites le chemin inverse et que vous réécrivez le séquencier (voire le scénario en entier, soyons maso) vous vous retrouverez donc avec l’impression d’avoir les mêmes mots que le scénariste qui l’a sué sang et eau. Vous vous retrouverez en face d’un scénario parfait, copie papier du film. Et là vous vous dites “si seulement j’arrivais à écrire un truc comme ça du premier coup” ou de manière plus réaliste : “si seulement ma V8 ressemblait à quelque chose…”
C’est une erreur. Vous vous mettez le doigt dans l’oeil. Faire cet exercice d’analyse est intéressant et formateur, mais aussi un peu frustrant (et souvent vous le ferez sur un film que vous aimez). La réalité de l’écriture est tout autre. Tout comme la théorie.
Chez Truby c’est 22 “steps”, chez Seinfield c’est 12 “beats”, Campbell 12,… En oubliant que toutes leurs théories proviennent de la littérature et du théâtre… européen… Vladimir Prop découpait un conte en… 31 étapes…
“Une théorie (du grec theorein, « contempler, observer, examiner ») désigne couramment une idée ou une connaissance spéculative et vraisemblable, souvent basée sur l’observation ou l’expérience, donnant une représentation idéale, éloignée des applications.
Le terme « théorie » est parfois employé pour désigner quelque chose de temporaire ou de pas tout à fait vrai,”
Une théorie du scénario (ou en général) est donc une observation. Et rien d’autre. Vincent Colonna utilise un terme très intéressant la “modélisation”.
C’est pourquoi les règles édictées doctement par les théoriciens qui analysent eux aussi d’après l’image et non pas sur pièce (sur le scénario) ont souvent un goût d’utopie. On ressent confusément que quelque chose cloche. Comme le dit la définition que “ce n’est pas tout à fait vrai”. C’est tout simplement que les Yves Lavandier ou John Truby ont analysé plusieurs scénarios pour en arriver à leur théorie. Truby a l’honnêteté de placer en épithète de ses sentences : “Dans la plupart des cas, ça se passe comme ça…” ou plus précisément “le public préfère plutôt ce type d’histoire…” C’est sa culture et son “merchandising”
Bref, quand vous analysez un film, construisez votre propre théorie. En somme, la théorie n’est qu’une analyse (analyse vient du terme découper), une façon de voir, un point de vue sur la dramaturgie (comment raconter une histoire) et un point de vue sur la vie (pourquoi vous racontez votre histoire). Mais c’est le point de vue de l’autre ! De l’auteur que vous observer, du film que vous regardez !
Plus votre théorie vous sera propre (avec pourquoi pas vos propres termes) et plus votre style et votre univers vous seront reconnaissables (Ah tiens, ça c’est du Woody Allen, ça, du … ) Vous remarquerez qu’on ne dit pas “Ah tiens, ça c’est du Truby”.
Non seulement votre style et votre dramaturgie sera singulière mais aussi et surtout vos histoires.
Allez, au boulot.